Publié par Julie dans blogueuses invitées, En vedette, Tous les billets | 8 commentaires
La paix avec le passé
Les billets des blogueuses invitées sont de retour en même temps que l’été! Avec les vacances qui arrivent vous décrocherez peut-être un peu d’Internet, mais de mon côté, je suis bien décidée à reprendre le rythme de publication régulier sur Riendemoins. Avec un peu d’aide (j’ai une nouvelle assistante virtuelle! Coucou Catherine!), je m’engage à publier à nouveau toutes les semaines. Il faut dire que le rush commence à être derrière moi. Enfin! Et je suis bien contente de vous retrouver. Cette semaine je vous présenter Gaèle, une lectrice de Riendemoins qui nous écrit directement de la France. Son parcours n’a clairement pas été de tout repos, mais la vitalité qui émerge de son récit est plus qu’inspirante. Merci Gaèle et bravo pour ce cheminement incroyable – Julie xoxo
Face à face avec le passé
J’ai toujours vécu selon mes deux passions : l’aventure et mon métier (je suis psychoéducatrice). Pour répondre à mon besoin de découvertes culturelles et de richesse humaine, mais aussi pour acquérir de nouvelles techniques de travail, j’ai quitté la Martinique, mon pays natal, pour le Québec en août 2006.
De suite, j’ai visité de nombreuses villes et fais plusieurs rencontres internationales. Je « capotais ben raide » !! Durant tout mon séjour au Québec, j’ai profité de chaque saison.
Le choc
En Mars 2007, j’ai fait une Gestalt thérapie de 2 jours et demi. La dernière demi-journée de cette thérapie a été marquée par une remontée de flashbacks suite à un élément déclencheur : j’avais subi, durant ma petite enfance, de l’inceste commise par mon père.
Très rapidement, j’ai été prise en charge par une association pour anciennes victimes d’inceste.
C’est à ce moment qu’à débuté mon cheminement. Il s’est fait par étape : la souffrance, la douleur intrinsèque, le parcours du combattant, la confrontation relationnelle.
Je m’explique :
La souffrance
J’étais confrontée à la vérité, une réalité que ma conscience avait eue du mal à accueillir de suite, d’où les comportements « bizarres » que j’avais durant mon adolescence. Souvent, je pleurais suite à l’effleurement de mon père lorsqu’il passait à mes côtés ou derrière moi. Ou alors, je ressassais le souvenir de l’avoir vu, rentrant de sa garde de nuit, allumant l’interrupteur et me regardant d’un regard pernicieux. Je me rappelais qu’à cet instant j’étais effrayée, car je sentais que ce n’était pas un regard de père qu’il avait. À de nombreuses reprises, j’avais demandé à ma mère : « Si par mégarde, papa avait eu des attouchements sexuels, sans le vouloir, que dirais-tu… ? » et ma mère me répondait avec virulence que ce n‘était pas possible, que mon père c’était le Bon Dieu sans confession (oui oui, mes amis, c’est ça qu’elle me répondait), que j’inventais des histoires… que j’étais folle. Alors naïvement, je me disais « Ma fille, si ta mère te dit ça, c’est qu’elle a raison. Qui es-tu pour ne pas la croire ? Peut-être as-tu mal interprété… ». Et je me taisais, je refoulais. Mais toujours mon corps réagissait à sa façon.
La douleur intrinsèque
Comme j’ai pu souffrir, comme j’ai eu mal au corps, de la tête aux pieds. Tous ces abus longtemps dissimulés, contrôlés, étouffés, ressortaient en masse. Je « transpirais » de partout ; chaque nuit, je revivais les caresses, les baisers, l’acte, à en développer des insomnies. J’avais de monstrueuses nausées, de grosses crises de larmes et d’angoisses. J’avais peur de vivre de nouveau ces abus avec n’importe quel homme que je croisais et j’avais terriblement mal à chaque parcelle de ma peau. Je voulais que TOUT sorte.
Le parcours du combattant
J’étais arrivée depuis seulement 7 mois dans ce nouveau pays avec ses nouvelles coutumes et ses nouvelles relations et mon mal-être qui jaillissait comme un gros boum en plein visage n’était pas le bienvenu. J’avais un diplôme à obtenir avec des horaires particuliers pour moi (des cours et des révisions jusqu’à 22h), des examens, des tempêtes de neige, des températures à apprivoiser.
La confrontation relationnelle
J’ai appelé ma famille et tous, oncles, maman, sœur, m’ont lancé à la figure des questionnements du genre : « Comment ça s’est passé ? Quand cela a eu lieu ? Il faut oublier ! Ce n’est pas possible… ». Et à côté de cela, j’avais des « amis » avec qui j’ai aussi eu droit à des commentaires comme : « Es-tu certaine que cela est arrivé ? C’est du passé, laisse aller…».
La motivation de se relever
À un moment, j’ai voulu le dénoncer, je voulais que la terre entière sache qui était cet homme, à qui on donne le Bon Dieu sans confession . . . Mais très vite, j’ai pris conscience que ce désir était jalonné de mauvaises énergies, de mauvaises intentions et qu’il me gardait enchaînée à mon passé, à mes souffrances et à mon bourreau manipulateur.
Suite à un gros travail auprès de thérapeutes compétentes, j’ai exprimé mes souffrances et laissé de plus en plus mon corps revenir à la vie. J’ai commencé à prendre des décisions pour rythmer mon existence à mes convenances et non pour satisfaire le plaisir d’autrui.
On m’a souvent dit de porter plainte pour servir d’exemple . . . Oui, je suis d’accord qu’il est bon de faire passer le message aux personnes qui ont subi, de leur confirmer qu’elles ont des droits. En l’occurrence, le 1er étant de DIRE, NOMMER, SE LIBÉRER POUR VIVRE PLEINEMENT CE QU’ELLES SONT. Faire une plainte équivaut à entamer des démarches d’administration, de justice pour démontrer que l’individu en face de nous reconnaisse ce qu’il a fait. Sera-t-il franc ou il simulera ? Et s’il refuse de dire les mots tant attendus : ”Oui je l’ai fait.” ?
J’ai refusé cette démarche car je me rendais compte qu’encore une fois, j’allais être enchaînée dans une quête infinie pour fonder ma vie… On ne s’en sort jamais à ce moment-là, c’est un éternel recommencement et celui-ci encore plus insidieux car c’est non palpable et cela vient encore plus toucher l’estime de soi.
Non, moi j’ai décidé de faire le travail de mon côté; de donner le pardon à tous ces anciens ennemis; de reconnaître les belles valeurs et qualités que mes parents m’ont données. Je voulais consolider ma « colonne vertébrale », réaliser mes rêves et combler mes besoins. Je désire prendre ce qu’il y avait de bon dans les échanges avec ma famille. J’ai appris à poser mes limites et à tourner le dos sans remords ni culpabilité quand des comportements me dérangent. Je sais maintenant mieux m’exprimer, je mets des mots sur des émotions comme la tristesse, la joie, la colère, la peur, l’amour . . . en clair, ÊTRE.
J’ai choisi de prendre ma vie et mes responsabilités en main, en profitant de chaque cadeau que la vie m’offre. Je rie, je pleure, je pose des mots sur mes maux. Je dis maintenant : « Stop, je refuse… » en continuant de frapper aux portes adéquates lorsque j’ai besoin d’un coup de pouce. . . EN VIVANT TOUT SIMPLEMENT !
Certes, il y a des allers-retours, mais cela fait partie du travail et en fait, ce sont juste des moments pour s’arrêter et réaliser tout ce qu’on a accompli. On se repositionne, on se recharge… ou simplement on se félicite et on prend soin de soi, de sa petite fille intérieure qui éprouve une lourde fatigue.
Suite à toutes ces péripéties, j’ai eu comme une révélation où je me disais « Gaèle aujourd’hui, tu es Gaèle . . . et non plus Gaèle, fille de . . . et liée à une culture. » Je suis rentrée vivre en France.
L’émerveillement
Depuis j’écoute la petite voix de mon cœur quand il manifeste de l’angoisse, qu’il est emballé ou qu’il ressent encore un étrange malaise. Et surtout, j’ose vivre ma vie dans ce qui m’anime le plus profondément, car aujourd’hui, c’est moi l’ACTRICE DE MA VIE celle qui plonge pleinement dans les ups and downs sans culpabilité ni regrets !
De jour en jour, je vis dans cette dynamique et je suis la première surprise de cette métamorphose.
J’ai osé couper mes cheveux très courts alors que j’avais les cheveux à la Jackson Five (oui oui, j’ai osé !). Pendant un temps, j’ai tenté diverses variantes de blond (oui oui, j’ai doublement osé !!). En ce moment, je suis de nouveau brune, et je songe sérieusement à me faire la boule à zéro (triplement oui !!!).


Aussi, je nourris, je comble, je satisfais ma féminité en portant des robes, en chaussant des talons hauts, en recommençant à me maquiller les yeux et en mettant un point d’ordre à me faire des soins chaque semaine (bain de pieds, massage à l’huile corporelle, pose de vernis …). La cerise sur le gâteau, c’est qu’à toute les semaines je m’achète des bouquets de fleurs chaque fois différentes et très colorées!
Le bonheur dans les petites choses
Je savoure chaque petit instant de ma journée dès le réveil. J’aime le chant des oiseaux, l’odeur du matin, le soleil illuminant mon chez-moi, la vue des arbres fleuris, les enfants jouant, le bruit de mes pas dans la neige…
J’ai la chance de vivre dans une ville avec de nombreux espaces verts, des points d’eau et des rues piétonnes. En plus, cette ville est disposée comme un petit village, il y a au centre la place de l’église composée d’une fontaine avec tout autour des boulangeries, pharmacies, poissonniers, charcuteries, librairies. Chaque semaine, je fais des sorties culturelles gratuites. En France, il y a des services d’accueil aux nouveaux arrivants dans pratiquement chaque ville pour favoriser leur intégration. Du coup, j’y participe et j’ai pu visiter l’Assemblée Nationale, assister à des pièces de théâtre, à des concerts de jazz ou de chorale !
Relationnellement, je commence à me constituer un réseau de confiance avec qui je mange régulièrement, avec lesquels je vais à des 5 à 7 ou à des sorties découvertes. J’ai renoué avec le bénévolat et je reprends mes marques dans le milieu social. Tout un engagement.
J’exerce ma profession de psychoéducatrice dans une collectivité territoriale de ma ville et je me sens de plus en plus professionnelle car je positionne mon éthique. Je me sens agir avec objectivité et cohérence durant mon mandat, à savoir que j’ai une responsabilité mais je ne suis pas la seule engagée dans le travail relationnel. Il y a la personne avec laquelle je travaille, mais il y a aussi le contexte et le cadre du boulot. Je me sens à l’aise dans ma pratique professionnelle et je perçois une évolution dans le travail d’accompagnement mis en place. Et surtout, j’aime profondément mon emploi et j’arrive à faire la part des choses pour vivre un tant soit peu un équilibre personnel-professionnel.
Je parle à cœur ouvert avec ma famille et c’est moi qui décide quand j’ouvre ou ferme les portes de mon espace de vie pour éviter toute salissure ou envahissement. De même, dans mes relations privées, quand je me sens dérangée, j’affirme mes limites. J’ose dire NON, j’ose énoncer mes envies, j’ose sortir du désir des autres, j’ose me différencier, j’ose prendre le risque de décevoir et cela sans chercher à me justifier ou à convaincre qui que ce soit. Dans ma vie professionnelle, j’affirme mes valeurs et je me positionne, envers et contre tous. L’épreuve redoutable dont je n’avais jusqu’alors pas mesuré l’ampleur des avantages et des inconvénients, est maintenant assumée complètement. J’ai tellement changé qu’il m’arrive de ne plus me reconnaître !
Je ris tout le temps et j’ai toujours un mot positif pour chacun!
Actrice de ma vie
Je nourris ma vie d’objets ressourçants (des huiles essentielles, des photos d’amis, des films – je suis accroc au dessin-animé Kung Fu Panda pour toute la philosophie, la beauté des images, …). Je pars souvent à la découverte de nouveaux CDs éclectiques, je lis du Jacques Salomé et d’autres ouvrages stimulants intellectuellement ou encourageants à se positionner.
J’ai aménagé mon foyer de couleurs vives et chaudes (rouge, vert, orange).
J’entre dans la trentaine et j’adoooorrrrrre car je me connais de mieux en mieux et je discerne mieux mes zones de tolérance et d’intolérance. J’ai même des projets de voyage en Europe et en Afrique.
Je sens que j’ai vidé et que je vide au quotidien mon être de vieilles habitudes pour laisser la place à de belles « vibes ». Je choisis au quotidien d’ÊTRE ACTRICE DE MA VIE; certes, il y a des moments d’angoisse, de tristesse, de doute, mais qu’est ce que JE M’AIME! J’y vais d’un pas convaincu!
Si je pouvais vous conseiller une seule chose ce serait de toujours rester connectés à votre cœur et d’oser aller à la rencontre, voire à la découverte de vos rêves !
Et je vous pose la question : arrivez-vous à dire haut et fort : « JE M’AIME » et à le croire du plus profond de votre coeur et de votre âme?
Pas facile, hein? Mais mon petit doigt me dit que c’est le début de l’épanouissement.
Allez-y, essayez!
Photo d’entête dénichée ici








Wow Gaële ! Quel bel exemple tu nous donnes !
J’ai envie de t’envoyer une énorme dose d’amour et je regrette de ne pas pouvoir te rencontrer immédiatement !
C’est fou, tu es la preuve que dire ” Je m’aime” n’est absolument pas égoïste ou individualiste, bien au contraire, c’est le plus beau cadeau que tu peux faire aux autres. Ton rayonnement les attire et leur montre la voie.
Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ce stage de 2 jours 1/2 que tu as fait en Gestalt thérapie ?
Je suis toujours consternée de constater que, dans les cas d’inceste, la mère (et souvent le reste de la famille) ne croit pas l’enfant et prend pour le père…Comment un enfant pourrait-il fabuler de telles choses? Un enfant a besoin d’être protégé et qui le fera si sa propre famille ne le fait pas? Heureusement, beaucoup d’enfants devenus adultes, comme toi, arrive peu à peu à se reconstruire, mais il me semble que cette reconstruction se fait davantage avec les amis et MALGRÉ la famille. Bravo pour ton courage, l’affirmation de ta valeur et la conquête de ton bonheur!
salut salut!
MERCI pour vos bô commentaires, et surtout MERCI JULIE d’avoir été l’intermédiaire pour m’amener à DIRE publiquement, c’était un voeu de longue date mais je n’avais pas encore eu la bonne opportunité:)
Djuwles, la gestalt thérapie commence en fin de journée du Vendredi et se termine le dimanche en début d’après-midi. 3 anmateurs sont présents pour encadrer un groupe de 10 personnes mixtes. On arrive chacun avec un objectif à travailler, lequel au fur et à mesure s’affine ou dévie sur d’autres problématiques, car plus tu pratiques les exercices proposés, plus tu es en contact avec ton MOI intrinsèque et donc plus tu cernes ce qui représente un noeud donc un frein pour ton évolution. on pratique des exercices en binôme ou en solo. On est amené aussi à parler au groupe pour avoir des feed-backs sur nous pour se réajuster….C’est très demandant comme week-end car de nombreux éléments de ton inconscient remontent, du coup, il est bon de faire un suivi thérapeutique par la suite car “de nombreuses bombes” émergent à la conscience….et surtout d’avoir un réseua de qualité environnant!!!
Bonne continuation à tous:)
Merci Gaèle pour ta réponse. Est-ce que tu sais auprès de quel organisme je pourrais me rapprocher afin de suivre un tel stage ?
Bonne continuation à toi également, continue à affirmer ta valeur comme le dit si bien Sophie. C’est le plus beau cadeau que tu peux te faire et nous faire
Ma gayou!! J’ai les larmes aux yeux en lisant ce trajet. Tu es d’une résilience incroyable!!!! Merci pour ta vulnérabilité et merci de partager avec autant de force ta vie. Tu es un exemple pour bcp de femmes, et pour moi vu que tu connais aussi mon parcours.
Tu es MAGNIFIQUE et tu rayonnes la victoire!!!!
Mèci an chay’ ma manouschka pour tes bons mots!!!
La vie me montre de plus en plus que nous sommes tous un apport les uns pour les autres -même les personnes qui ont des comportements blessants, oui oui- so chaque échange que j’ai eu avec toi a été très stimulant dans mon cheminement de vie, car tu vibres également ô son de la VICTOIRE telle une (douce) tigresse-:)
J’aime bcp ton passage sur la VULNÉRABILITÉ car c’est effectivement quand on l’accueille, que nous sommes rendus plus forts!!!!!!
BizouXXX