8 Apr 2011

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Cheminer au foyer : un petit pas vers soi

Cheminer au foyer : un petit pas vers soi

Valérie et moi avons travaillé ensemble, il y a quelques années, à éditer le site Web d’un gros événement de la Capitale – aka Le 400e anniversaire de la Ville de Québec. Et entre la mise à jour du site et la rédaction/révision d’une foule de textes promotionnels, nous en avons eu des conversations existentielles! Avec ce billet qui se lit comme une nouvelle, j’ai eu la chance (pour la première fois!) de découvrir le style littéraire et magnétique de Valérie. Non, mais! Depuis ce temps, je la supplie d’écrire un roman… ou au moins un blogue à elle. La bonne nouvelle? Ce billet a une suite, que vous pourrez savourer la semaine prochaine, une autre tasse de café à la main. Merci Valérie! – Julie x0x0

Imaginez passer deux ans sans emploi. Ça m’a d’abord fait du bien d’arrêter un peu parce que j’étais crevée, mais je me suis vite sentie larguée, honteuse. Puis je suis tombée malade. J’étais démoralisée, désorientée et, surtout, prisonnière à la maison. J’ai perdu confiance en moi. Rien n’allait plus.

Un jour pourtant, découragée de mon propre découragement, je me suis dit « Là, ça fait! » et je me suis enfin crue capable de changer les choses. Petit à petit, mes « vacances forcées » à la maison sont passées de calamité à source inattendue de félicité. Aujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous les secrets de « la vie allégée », ma diète mentale pour fille stressée.

Le statut de ma liberté

2009. Fin d’un contrat pour une grosse société. Grande fierté. Mandat rempli, rédactrice vidée. Défi relevé, rédactrice à terre. Je me repose ou j’explose. Mais personne d’autre ne se repose autour, alors je me sens coupable de ne pas m’activer. Vite! Je m’irrite les yeux sur les sites d’emploi. J’envoie des CV. Aucun retour. Je m’inquiète, je me stresse. Ma situation me gêne terriblement. Sans profession, sans salaire, j’ai l’impression de n’être plus personne. Je ne fais rien, je vaux encore moins. À ce moment-là, je suis loin de la « jeune professionnelle dynamique ». Je me sens plutôt « vieille pantoufle dynamitée ». Je n’ai qu’une envie : me cacher dans la poussière sous le lit.

Je me sens futile et surtout pas utile. C’est le festival de la culpabilité. Futile : y’a des drames partout sur la planète et je pense à mes petits bobos. Pas utile : je me liquéfie dans des mouchoirs pendant que mon amoureux va travailler. Je suis à sa charge. Je n’ai pas un rond pour acheter un sac de pain. Pour me taquiner, il dit que je suis « sa charge ». Je ris avec lui. Mais quand je suis seule, je le pense vraiment. Je suis un boulet. Je me traîne.

En plus, j’ai développé un trouble de l’équilibre, un stress dans l’oreille interne. Y’a pas à dire, j’ai somatisé. Je suis désorientée, au propre comme au figuré. Je veux travailler, mais j’en suis empêchée. Je ne peux même plus conduire. Je dois m’appuyer aux murs pour marcher. Le remède, c’est le temps. Mais je suis une patiente impatiente. Je n’ai pas l’habitude du ralenti. Mon corps me freine et je suis coincée à la maison.

L’histoire de « Pis ? »

C’est vraiment trop peu glorieux. Je m’isole. De la famille, des amis. Je me déçois tellement. Je pense les décevoir aussi. Et je suis déçue de les décevoir. Je me trouve inintéressante. Je n’ai rien à raconter. Pas de travail, pas de défis, pas de vie. C’est le vide. L’ennui.

Je cherche des raisons pour éviter les sorties, les rencontres. Je n’ai vraiment pas envie qu’on me demande : « Pis ? As-tu retrouvé du travail ? ». C’est une terrible question qui me confronte à ma propre inutilité. Je me sens jugée. Je retiens tellement de larmes que je crains de tout inonder si j’entends : « Pis, comment ça va? Quoi de neuf? ». Chaque fois, c’est comme une claque.

Je suis sonnée, mais je ne veux pas laisser voir que quelque chose cloche. Pour sauver la face, je m’épingle un sourire, mais je sais bien qu’il ne monte pas jusqu’à mes yeux. Je trouve d’ailleurs que j’ai le regard éteint. Y’a pas de braises, y’a rien d’ardent. C’est tout froid dedans.

Triste mine

Je pense à une fille rieuse qui a fait de longues études, qui a remporté des prix littéraires, qui est partie en Turquie avec son sac à dos, qui a habité en Grèce. Où est-elle passée ? Je l’ai perdue de vue en cours de vie. Mais où est-ce que je suis ? J’ai plus de trente ans et je ne sais pas ce que je vais faire quand je vais être grande. Je veux retravailler. Je ne sais plus où chercher. Je dérive. Où est-ce que je m’en vais ?

C’est la panne d’inspiration : je manque d’air. J’ai les idées plombées. Y’a une lourdeur dans mes pensées. Je veux pourtant briser mon isolement, mais je manque de force pour percer ma coquille et mon courage meurt dans l’œuf.  Je suis stressée. Je n’ai pas l’habitude de l’hébétude et la pression monte dans mon coco. Je dois faire quelque chose, presto!

À force de larmoyer en tournant en rond dans le salon, je me tape sur les nerfs. Et comme, entre deux brassées de lavage, j’ai beaucoup de temps pour réfléchir, eh bien, je me mets à réfléchir sérieusement. Je me suis perdue ? Je vais me retrouver. Si j’agite mes antennes, je finirai bien par me débrouiller.

Je commence par me dérouiller. Au lieu de subir mon internement à domicile, je me force à sortir marcher pour changer d’air et me calmer. Tiens ? Ma maison n’est déjà plus une prison. Et je raisonne un peu moins comme un chausson. Il y a de l’espoir.

Manger son éléphant

Ma santé s’améliore lentement, mais je demeure un paquet de nerfs qui a du chemin à faire. On dirait que je pars de trop loin, que la route n’a pas de fin. Puis je me souviens des sages paroles d’une amie : « Un éléphant, ça se mange en tranches ».

Chaque jour me semble un insurmontable obstacle. Je découpe alors mes journées en segments que j’entreprends un à la fois. Je les structure tout comme si je travaillais. Je prépare des listes de choses à faire. J’y inscris même les plus insignifiantes : plier des chaussettes, couper les griffes du chien, arracher les pissenlits… Je suis loin de la super woman, mais c’est un début pour la woman qui se croyait fichue. Les petits crochets sur ma liste me montrent ce que j’ai accompli dans ma journée et me prouvent que je suis fatiguée pour quelque chose.

En bonus, toujours chaque jour, je me donne le droit de faire, sans culpabilité aucune, au moins une chose juste pour moi : boire un thé au soleil, faire mousser du lait pour mon café, regarder fleurir un cactus, renifler le linge qui a séché dehors… Je passe un bon moment en ma compagnie, quoi!

Pour me secouer les jours où j’aimerais mieux rester cachée, je crée la « compilation irrésistible » : que des chansons sur lesquelles je suis incapable de ne pas danser. En effet, comment résister à « Pata pata » de Miriam Makeba, à la version des Colocs du « Pouding à l’arsenic », au Swing Cats Remix de « Diamonds are a Girl’s Best Friend » ou, toune de circonstance, à « Hope of Deliverance » de Paul McCartney ? La musique ajoute instantanément une note positive à ce que j’entreprends.

Me revoilà active. Je profite de ma pause professionnelle pour faire tout ce que je n’arrive jamais à faire quand je travaille à plein temps : je repeins le salon, je fais un potager, je teste de nouvelles recettes, je couds, je me débarrasse de mes vieux vêtements et des papiers que je garde pour rien depuis dix ans. Je dévore des tonnes de livres et je me souviens que j’aime aussi beaucoup écrire.

Il y a encore des jours difficiles où j’ai la larme facile. Je repense alors à un truc vital en deux étapes simples appris en yoga : inspire, expire. J’étouffe moins. Je pense aussi au bouddhisme où on dit que chaque chose, bonne ou mauvaise, a une fin. Il y a toujours une nuit entre aujourd’hui et demain.

Vous en voulez plus? Ça tombe bien, parce que l’histoire ne s’arrête pas ici. Revenez pour la suite vendredi prochain!

Valérie Giffard, M.A., est spécialiste en monstres de la mythologie gréco-romaine. Passionnée de voyages, de lecture, de musique et de bouffe, cette rédactrice manie tout aussi heureusement la perceuse électrique que l’aiguille à coudre et la pelle de jardin. Elle pèche mignonnement dans les salons de thé et trouve son petit bonheur auprès de son amoureux et de ses chiens. Elle est correctrice pour le Project Gutenberg.

Photo d’entête dénichée ici

  1. WOW! Merci Julie de nous permettre de connaître Valérie et un immense merci à Valérie de nous dévoiler son talent pour l’écriture comme ça. Vivement vendredi prochain pour la suite!

    Il est vrai que ce n’est pas facile d’arrêter et je crois comprendre que tu (Valérie) as pu mettre une partie de la culpabilité de côté. Bravo pour les stratégies que tu as mises en place pour te retrouver et profiter de ta pause professionnelle.

    Je me demande si ce n’est pas un trait commun chez plusieurs d’entre nous… la fameuse culpabilité de ne pas en faire assez. Quand je me sens coupable, j’utilise aussi la technique apprise au yoga: j’inspire et j’expire. :-)

    À bientôt!

    Danielle

  2. Ce n’est pas avec peu de fierté que j’écris mon nom Charline GIFFARD ici sous ce magnifique texte écrit par ma cousine Valérie, une femme extraordinaire. Quel beau texte… j’en suis encore toute chamboulée…

    Bravo et si tu veux faire un livre, je peux t’aider!

    Charline xxx

  3. Fernande Poulin says:

    Je retrouve avec bonheur la plume vivante et teintée d’humour de Valérie. Son chemin, bon nombre d’entre nous en connaissent certains détours, mais il fait bon se les faire raconter, mettre en mots comment on sort de nos maux.Bravo et merci!
    Fernande

  4. Danièle Rail says:

    Quelle belle plume, mais suis-je vraiment étonnée? Non, pas du tout même puisque je la sais talentueuse Valérie.

    Voilà qu’avec le printemps, il y a éveil et partage. Bravo Valérie, je serai là pour lire la suite, encore et encore.

  5. Josée says:

    Valérie,

    J’ai l’impression que nous avons vécu la même chose à distance. Je pense à toi souvent et je suis bien heureuse d’avoir reçu ton message. J’ai déjà hâte à vendredi prochain pour te lire encore.

  6. Lâche pas la “Pata Pata” !!! :)

    J’ai hâte de lire la suite maintenant.

    xxx

    Bruno GIFFARD (et fier de l’être) :)

  7. Hélène says:

    Wow! Quelle belle écriture! Il faut écrire un livre. J’ai vraiment hâte à vendredi prochain pour lire la suite. Le sujet est touchant et l’écriture, les mots… c’est divin!
    Et je retiens ” un éléphant, ça se mange en tranches”.

  8. Lise Poulin says:

    Bravo! Valérie,

    Je suis bien contente de voir que tu as retrouvé ton goût d’écrire et le « pétillant » qui a toujours été ta marque de commerce. Je te souhaite que ça continue. Et n’oublie pas que je suis toujours là. Au plaisir de te lire vendredi prochain.
    Lise

  9. Lucy Gauvin says:

    Ma très chère Valérie,
    J’ai souvenir d’une amie pétillante, souriante et toujours prête à relever des défis. Je te retrouve dans ce texte car malgré les épreuves, tu n’as pas perdu ta détermination. Je pense même que tu en es plus forte et cela se sent dans tes écrits. Je salue ton courage de nous faire partager ces moments difficiles et te souhaite le meilleur pour la suite.
    Lucy Gauvin

  10. Je déteste quand on me fait attendre pour la suite d’un texte extraordinaire… Je serai là vendredi prochain, c’est certain!

    Et je ne m’inquiète pas pour un futur livre… Quand Valérie sera prête, ce livre arrivera…

  11. Jean Lessard says:

    Chère Valérie, valeureuse,
    je semble le premier gars à répondre! YÉ!
    merci de m’avoir transmis ce message et de me compter parmi tes amis.
    Merci pour ce superbe texte.
    Notre chère Nicole aurait dit que tu rayonnes de l’intérieur!
    Splendide photo!
    Comme tu la sais, un gars, ça ne pleure pas… mais j’avoue être touché. Non, c’est une graine dans l’oeil… c’est pas une larme…!
    Ton texte me rejoint et me touche beaucoup,

    Il me rappelle un ami, pseudo italien, que tu connais, qui se pose plein de questions depuis 1986… et qui rêve aussi d’une vie meilleure, ailleurs que dans un garage… Je lui ferai lire ton texte… :=D

    Je t’embrasse, merci.
    xx
    Jean

  12. Ma belle Valérie,
    C’est charmant d’avoir de tes nouvelles de cette façon…Ces derniers temps à plusieurs reprises, il m’arrive de penser à toi et ces flash reviennent, alors je me dis il faut que j’appelle Valérie.
    Nous nous sommes rencontrées afin de réaliser un beau projet de bonheur dans ta vie ainsi qu’avec ton amoureux et je dois te dire que tu étais pour moi un «bonheur», je sentais bien ta grande sensibilité et ton côté artistique qui me touchais grandement. Je te connaissais peu et je te voulais comme amie.
    Ton témoignage me touche vraiment et dis-toi Valérie que ta route est différente des autres parce ce que tu es différente… Celle que tu choisiras d’empreinter sera celle teintée de tes couleurs…Elle est peut-être plus longue à trouver mais au bon moment tu seras exactement que tu es à la bonne place !
    Amitiés !

    Anne

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