Publié par Julie dans blogueuses invitées, En vedette, Rêves, ambitions, action!, Tous les billets | 4 commentaires
Voyage au cœur de mes valeurs… aux Philippines
J’ai le bonheur de vous présenter le billet de notre deuxième invitée. Je vous avertis, la lecture de ce billet risque de vous donner le goût de faire vos bagages non pas pour des vacances, mais pour un voyage humanitaire rempli de sens. La générosité de Christine est palpable et le sentiment de faire une différence que lui a apporté ce voyage aussi, tellement que j’ai ajouté « faire un voyage humanitaire » à ma liste de rêves. PS : Je suis allée au secondaire avec Christine! Et je suis vraiment contente de reconnecter avec elle dix ans plus tard sur le blogue. Merci Christine pour ce récit de voyage et ces photos magnifiques.
Un élan d’aventure
Un voyage humanitaire! Dans un pays dont je ne connais même pas la localisation sur le globe! Ça a été une idée spontanée. Comme une envie de plonger dans le vide sans aucune attente et avec toute ma générosité.
À l’automne 2009, une amie hygiéniste dentaire m’a raconté son dernier voyage. Un voyage humanitaire avec l’organisme Dentiste Sans Frontières. Comme j’étais vraiment intéressée par son récit, elle m’a tout de suite invitée à participer au prochain voyage, qui aurait lieu dans un an, aux Philippines. Pendant qu’elle me racontait son aventure, je me sentais étrangement bien. Je souriais, légère… et je me suis même surprise à lui dire que je participerais au prochain. Je ne connaissais encore aucun détail, mais en étais totalement indifférente. Quelque chose me disait que je devais le faire. C’était plus fort que moi!
Une opportunité de liberté
Depuis quelques mois, j’avais l’impression de tourner en rond. Et de plus en plus vite. Je cherchais un sens à ma vie et ce voyage semblait enfin me donner la chance de sortir de mon cercle vicieux de la routine et d’explorer autre chose. En pensant à ce voyage, j’avais l’impression que des ailes me poussaient. Mais c’était angoissant aussi, comme si je me demandais si je devais – et pouvais – les laisser pousser.
La première étape a été de présenter mon projet à mon conjoint. J’étais angoissée, me laisserait-t-il partir presqu’un mois au bout du monde? Heureusement, j’ai un amoureux extrêmement compréhensif qui a ouvert son esprit et a accepté de m’épauler dans mon projet. Ma famille m’a aussi encouragée dès le début, me connaissant avec mon âme aventureuse et ma grande générosité.
À la première rencontre au bureau de Dentistes Sans Frontières, je ne connaissais que mon amie. Les autres provenaient de plusieurs régions du Québec. Mais tout de suite, une chimie s’est installée. À ma grande surprise, on sentait déjà l’esprit d’équipe. Petit à petit, les détails du voyage se concrétisaient et plus ça allait, plus j’embarquais « officiellement » dans l’aventure.
Et quelle aventure : plusieurs mois de recherche de commanditaires pour trouver des fournitures, de magasinage et de préparation de bagages. Je ne pensais pas avoir besoin d’autant de choses!
Le grand jour
Nous sommes arrivés, les 8 autres coopérants et moi, avec nos 27 valises pleines de fournitures dentaires et d’effets personnels. Enfin, nous y étions. Ou presque. 3 jours de transport nous attendaient, mais nous étions tellement excités que nous étions plus prêts que jamais à les affronter. Rapidement, les liens se sont resserrés et l’esprit d’entraide s’est développé entre nous.
Au travail!
Enfin arrivés à destination, nous avons d’abord pris connaissance des lieux. Ouf! Une clinique dentaire à monter en une demi-journée, 38 degrés, pas d’air climatisé, un dortoir à adapter et… dodo par terre, sur un matelas de 1 pouce, avec nos amies les coquerelles! Heureusement, j’avais programmé mon esprit pour ne pas avoir d’attentes, c’est facile lorsque tu n’as jamais voyagé. J’ai donc réussi à apprécier tout ce que j’avais. Quelle chance! J’ai travaillé avec bonne humeur, efficacité joie et entrain!
Quand le « vrai » travail a commencé, ce qui m’a le plus frappé, ce sont les habitants du village. Ils marchent 2 heures le matin en petites sandales pour venir se faire traiter, arrivent en souffrances, mais toujours avec le sourire aux lèvres et la marmaille à leurs trousses. Ils attendent leur tour avec patience, subissent leur traitements dentaires sans même froncer les sourcils, nous témoignent de leur reconnaissance incroyable en nous faisant des accolades, en nous donnant des fruits et des cadeaux!
Jamais je ne m’étais sentie aussi dépaysée auparavant! Jamais nous n’aurions vu ca au Québec. Dans ma tête, ces pensées jouaient en boucle :
J’ai des ailes! J’aide les gens! Je respire! J’ai enfin trouvé ce vers quoi je dois canaliser mon énergie! Je m’adapte, je flotte, je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau!
Les philippins et la famille
J’ai eu l’occasion (j’y tenais énormément) de manger et de parler avec des habitants étant donné qu’ils s’occupaient de nous pour les repas et la traduction. Dans un village philippin, tous les membres d’une même famille habitent ensemble : les grands-parents avec les enfants, les frères, les sœurs, les oncles, les tantes, tout le monde! Tous s’entraident et subviennent aux besoins de chacun.
Je me sentais tellement à ma place dans ces familles. Je crois que je m’y reconnaissais beaucoup parce que j’ai un cœur énorme. Dans mon quotidien, je donne sans compter aux gens que j’aime, parfois trop je pense… et je me perds un peu personnellement dans toute cette générosité. Mais c’était génial de voir la générosité et l’entraide prendre autant de place au sein d’une famille.
Retour à ma réalité
Mais il a bien fallu revenir, et sur le coup, le retour fût agréable : bon matelas, bonne bouffe, j’appréciais tellement ce que j’avais!
Par contre, ce voyage m’a changée. J’ai vu la pauvreté, la misère, la douleur. Les premières semaines on été les pires. Je n’étais pas capable d’entendre quelqu’un se plaindre, ni perdre patience, ça me rendait agressive. J’ai arrêté de cuisiner sans compter et de remplir mon réfrigérateur à craquer.
Les gens me posaient des questions sur mon voyage, mais je n’étais pas capable d’en parler avec enthousiasme. J’ai vécu un choc culturel énorme, mais pas là-bas. Ici.
Je suis tombée dans un état de tristesse, de déprime. Je me suis sentie tellement vivante pendant ces 3 semaines. Mes gestes, mon travail, mon existence avaient une signification et j’ai réellement senti que j’étais à la bonne place. Mais là, je me sentais seule, incomprise. Je parlais de ce que j’avais vécu et j’avais l’impression que personne n’écoutait vraiment, que personne ne comprenait totalement…
Honnêtement, ici au Québec nous sommes individualistes, matérialistes et peu de gens réussissent vraiment à apprécier les petits bonheurs quotidiens. Ca m’a frappé fort, et ca n’a pas été facile de reprendre ma vie. Je me suis aperçue que les gens les plus heureux sont ceux qui ne possèdent pas grand-chose, mais qui sont entourés et ont un bon système d’entraide. Je ne pouvais plus l’ignorer.
Retrouver ce sentiment dans mon quotidien
Aujourd’hui, j’ai bien sûr l’objectif de retourner faire des voyages humanitaires. Je le ressens comme un besoin. Je dois y retourner si je veux être fidèle à moi-même. J’ai d’ailleurs un projet pour 2012! Je veux replonger dans ces émotions, mais j’essaie aussi de les retrouver dans mon quotidien.
Depuis cette aventure, je l’ai d’ailleurs beaucoup changé, mon quotidien. Je prends plus de temps pour les gens que j’aime, je considère que mon travail n’est qu’un travail. Je me remplis de bonheur dans les relations humaines et non avec le matériel qui m’entoure. J’ai pris beaucoup d’assurance, j’ai vu de quoi de suis capable et je n’attends plus aucune félicitation de personne. Je me suis découverte.
J’ai un peu fait la paix avec les valeurs québécoises. Après tout, je tiens à avoir des enfants et une belle maison, comme tout le monde, je crois! Mon défi sera de trouver un moyen de concilier tous mes projets… et de continuer à honorer mes valeurs d’humanité et de générosité à travers chacun d’entre eux.
Christine Gagné est une hygiéniste dentaire généreuse qui essaie d’être une amie en or et une amoureuse attentionnée. Elle est une voyageuse dans l’âme qui veut collectionner les tampons dans son passeport, et encore plus : les rencontres enrichissantes. Découvrez l’organisme Dentiste sans Frontières ici.
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Wow! merci pour ce beau voyage!… je suis justement en train de rajouter des points sur ma liste de vie, ça me rappelle que moi aussi je veux faire des voyages humanitaires!!! Et je t’en souhaite une foule d’autres!
J’ai beaucoup apprécié la deuxième partie de l’article. Le fameux “retour à la réalité” et notamment le passage qui dit : “je considère que mon travail n’est qu’un travail”. Je me reconnais dans cette phrase, parce que j’ai tendance à vouloir retrouver tout ce que j’aime dans mon travail alors que c’est seulement une facette de ma vie.
En tous cas, bravo, j’avoue que cela donne envie de mettre en danger ses certitudes et convictions pour expérimenter quelque chose de semblable. Merci d’avoir partagé ton expérience avec nous.
Très beau billet, bravo !
C’est tellement vrai… Apprécions tout ce que nous avons et sachons remercier la vie pour chaque jour où nous mangeons à notre faim et dormons bien au chaud…
Honnêtement, j’ai vraiment beaucoup aimé mon expérience de partage avec vous. Ca n’a pas été long que je me suis replongée dans mon voyage, ainsi que toutes les émotions que j’ai ressenties.
Merci beaucoup pour l’opportunité !